vendredi, 09 février 2018

Fonçons et après nous, les mouches

Fonçons et après nous, les mouches

Le pacte d’excellence est loin de faire l’unanimité . . . mais Madame la Ministre Marie Martine Schyns ne semble pas entendre les critiques toujours plus nombreuses

Carte blanche de l’Association des Enseignants Socialistes

Dans l’hebdomadaire Moustique paru le 24 janvier, Vincent DUPRIEZ, professeur à l’UCL, dit à propos du pacte : "On aurait pu imaginer procéder autrement, en s'accordant d'abord sur les objectifs et les finalités et en y allant par étape.

Ici, au contraire, le pacte a ouvert de grands chantiers de front.

Ce ne sera pas simple".

Autrement dit, on a mis la charrue avant les bœufs et on part dans tous les sens.

Dans le même numéro de Moustique, Laurent Henquet (expert en éducation au MR), fait remarquer, à propos du « mythe des pays scandinaves » : "Dans ces pays, ce n'est pas le tronc commun qui fait la réussite de l'enseignement.

Les profs ont une formation de cinq ans.

Ils n'ont pas plus de vingt élèves par classe."

Les auteurs du pacte se gardent bien de proposer concrètement une réduction des effectifs des groupes classes.

Autrement dit, le pacte présente le tronc commun comme une panacée pour l’enseignement en se référant à d’autres pays, mais ignore une condition essentielle : l’encadrement des élèves.

En novembre 2013, Etienne Denoël et Benoît Gérard (Mc Kinsey) ont publié un document intitulé «  Enseignement obligatoire en Communauté française de Belgique : comment s'inspirer des systèmes étrangers ? »

Les auteurs ont analysé la manière dont plusieurs pays avaient essayé de réformer leur système scolaire.

Ils ont retenu 20 pays pour lesquels les changements apportés se sont traduits par une évolution positive très significative.

Ils reprennent les lignes de force de ces réformes.

1. Recruter (et garder) un personnel enseignant de haut niveau.

2. Chercher à améliorer en permanence les pratiques pédagogiques sur le terrain.

3. Mettre en place des équipes de direction de qualité.

4. Lier la réussite de chaque élève à la réussite globale du système.

A la page 9 de ce document, nous lisons : "Dans les systèmes les plus performants, 56 % des réformes mises en œuvre visaient à accompagner les enseignants  dans l'amélioration de leurs pratiques pédagogiques, alors que 3% seulement visaient à contrôler ces pratiques".

Manifestement, les auteurs du pacte n'ont pas lu ces lignes car ils font exactement le contraire.

Ils créent un organe de contrôle supplémentaire, une armée mexicaine de directeurs de zone et de délégués aux contrats d’objectifs (D.C.O.).

Que le système scolaire doive être piloté, cela ne fait aucun doute.

Mais cette hypertrophie de la fonction de contrôle va générer un climat de méfiance permanente, d’autant plus qu’elle sera assortie de sanctions.
 
En revanche, il fallait, comme l’ont relevé Étienne Denoêl et Benoît Gérard, privilégier l’accompagnement des enseignants et non le contrôle.

Et pour cela, renforcer sensiblement le corps d'inspection, assisté par des conseillers pédagogiques vraiment compétents, d’une part; organiser une formation en cours de carrière des enseignants de haut niveau, d’autre part.

Le texte de Mc Kinsey souligne également (page 10) l’importance des échelons intermédiaires dans l’amélioration et la pérennisation de la qualité de l’enseignement.

Il faut entendre par là les différents pouvoirs organisateurs et les fédérations dont ils relèvent et non la commission de pilotage et les directeurs de zones assistés par de nombreux D.C.O.

Ce texte explique : « Les échelons intermédiaires soutiennent les écoles en difficulté.

Ils orchestrent et suivent la mise en œuvre des initiatives de progrès.

Ils facilitent la collaboration et offrent des services de qualité partagés entre les écoles.

Ils aident à organiser le recrutement, le développement et l’évaluation des directions. »

Autrement dit, les D.C.O. seront des parachutés qui vont venir faire à grands frais ce que les pouvoirs organisateurs et leurs fédérations font déjà très bien sans eux.
 
Comment exprimer mieux l’ineptie de créer ce corps de contrôle inutile et coûteux ?

Et le rejet des grilles horaires proposées par le groupe Romainville se poursuit.

Ce 27 janvier, dans la presse, la réaction des professeurs d'éducation physique a rejoint celle des professeurs de géographie, d'histoire, de latin, de sciences . . .
 
Elle montre à quel point la concrétisation du pacte (en l’occurrence, ici, avec les grilles horaires) est très mal perçue.

Elle n'annonce rien de bien favorable pour la suite des opérations de mise en œuvre de ce pacte.
 
Un pacte qui cache sous un masque de pédagogie sa véritable finalité : réduire les dépenses pour rembourser les emprunts successifs souscrits par la Communauté française.

Au détriment de l’encadrement des élèves, de la prise en compte de leur personnalité, des conditions de travail dans les écoles.

Mais tout cela ne semble pas perturber la ministre Schyns et les partisans du pacte dont la devise apparaît de plus en plus clairement : "On fonce et après nous, les mouches".
Après tout, c’est vrai, ils ne seront plus là quand il faudra assumer les conséquences annoncées de cette réforme.

Michel Verbiest, Secrétaire général ff AESF

Gérard Georges, Président AES Liège

Jean-Marie Reymen, Président AESF

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