jeudi, 02 février 2017

Gaston

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JMD/A/17/01-2ter                                                                                       
Gaston ONKELINX

Je garde de Gaston ONKELINX un souvenir souriant, jovial, fraternel.

Nous nous sommes connus au début des années septante : j’avais été élu Député socialiste de Liège en 1971; il le fut à l’élection suivante (1974).
Mais bien avant son élection, nous avions vécu, lui délégué syndical FGTB à Cockerill et moi jeune Député, plusieurs aventures marquantes.

Homme de gauche jusqu’aux tripes, Gaston ONKELINX avait senti les dangers inhérents à la formation par Edmond LEBURTON d’un gouvernement (fédéral : il n’y avait alors que celui-là) tripartite en 1973.
C’était bien entendu aussi la position de ma section, celle de Liège.
Mais à Seraing, Guy MATHOT soutenait André COOLS, et André COOLS soutenait d’autant plus Edmond LEBURTON que l’octroi à ce dernier du rôle de Premier Ministre ouvrait à André la voie de la présidence du Parti.

Gaston me demanda donc de venir comme rapporteur devant la section d’Ougrée, ce que je fis.
Nous eûmes une longue séance sous la présidence, à la fois ferme et compréhensive, de Joseph DISTEXHE, alors Bourgmestre d’Ougrée.

Et je me souviens du grand rire triomphal de Gaston après la séance : « Guy MATHOT a obtenu 92 % de voix pour (la tripartite) à la section de Seraing, mais nous avons obtenu 94 % de voix contre à Ougrée !! » criait-il en m’embrassant.
Ougrée où, naturellement, il n’avait pas manqué de prendre la parole et de peser de façon décisive.

Sa maîtrise du français était grande mais ne cachait pas les origines flamandes de Gaston; son wallon, par contre, était subtil et sans tache.

Lors du Congrès doctrinal organisé en 1974 par André, Claude DEJARDIN et moi défendions le droit de vote (conditionné, bien entendu) des travailleurs étrangers.
A notre vive surprise, Gaston mit toute son énergie à contrer ce projet,  qu’il ne pouvait admettre : « Ils ne font pas de service militaire ! » rugissait-il.
Il n’était pas le seul de son avis, si bien que l’idée fut reportée à plus tard.
Mais, faut-il le dire, la joute avait été une joute de projets, sans aucune acrimonie.
Et elle ne laissa aucune trace, que le souvenir.

Devenus collègues à la Chambre, nous combattîmes ensemble la loi de fusion des communes défendue en Wallonie par le Gouvernement P.S.C. – Libéral.
Ce projet touchait Gaston de plein fouet puisque sa commune était éventrée : la rive droite était rattachée à Seraing, la rive gauche (Sclessin) à Liège.
Il appréciait que je sois comme lui vivement opposé à l’ensemble du projet.

Dans les années septante et quatre-vingt, je devais vivre avec Gaston l’expérience courageuse et prometteuse des « sections d’entreprises du PS », une expérience qui lança à travers toute la Wallonie des sections d’entreprises sur le modèle de celle qu’il avait créée à Cockerill.
Devenu Ministre de la Région Wallonne (1979), j’ai continué à faire de fréquentes interventions dans ces sections, dont Gaston présidait - - fort bien - - l’ensemble.
Il était bon de sentir la confiance couler, et parfois renaître, entretenue par ses soins permanents.
Les sections d’entreprises ne périrent nullement par défaut de la base mais par une décision du sommet du Parti, décision que Gaston regretta longtemps.
Si l’expérience avait été poursuivie, le Parti n’en serait pas là où il est aujourd’hui.
Guy SPITAELS en jugea autrement.

Les conflits avec André COOLS au sein de la Fédération nous trouvèrent souvent opposés l’un à l’autre, car Gaston défendait toujours ses convictions avec autant de force.
Mais les affrontements, à nouveau, furent des affrontements de tendance.
Je n’ai jamais usé du mot cruel qu’en riposte, et Gaston n’en usait pas non plus.
Il n’y eut donc, à aucun moment, de blessure entre nous.
Aussi bien, quand il fut possible de réunir le groupe de Flémalle et le groupe Perron dans un communiqué commun, je reçus Gaston ONKELINX - - tout comme Marcel COOLS - - à l’Hôtel de Ville de Liège pour mettre un terme à une guerre fratricide qui aurait pu et dû être évitée.

Au fil des ans, l’ancien Echevin d’Ougrée était devenu Bourgmestre de Seraing, ce dont il tirait une légitime fierté.

La vie du Parti Socialiste n’était pas faite que de réunions, d’assemblées et d’élections.
Il y avait aussi les fêtes, carillonnées ou non, et les bals des Bourgmestres.
On y retrouvait Gaston, toujours accompagné de son épouse, discrète mais rayonnante, d’une beauté tranquille, au charme délicat, et que l’on saluait avec empressement.

Plus tard, les années - - et les décennies - - ayant passé et pesé, nos deux têtes avaient grisonné ou blanchi.
Nous nous voyions de temps à autre, Gaston et moi, nous embrassant et nous demandant l’un et l’autre des nouvelles, puis échangeant une flopée de commentaires.
C’était notamment le cas au Premier Mai, que nous défendîmes ensemble contre les tentatives de suppression menées par Michel DAERDEN.

Par son origine ouvrière, Gaston apportait une rigueur et une réalité au socialisme liégeois.
Je salue en lui un militant exceptionnel.

Gaston ONKELINX a bien mérité de la patrie liégeoise.

Je présente à son épouse, à Laurette, et à toute la famille, des condoléances profondément émues.

 

Jean-Maurice DEHOUSSE

Ancien Parlementaire (1971 – 1995)

Ancien Bourgmestre de Liège



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