lundi, 13 décembre 2010

C´était une petite grève . . .

C´était une petite grève . . .

www.6com.be
 
EDITO
13 décembre 2010
 
La RTBF-Liège était, jeudi dernier, en grève.

Une brève grève, mais qui symbolise sans doute à elle seule plusieurs régressions : celle du service public; celle de la RTBF dans les régions; celle de l’information.

Service public.

Comme tous les autres outils de l’Etat (au sens de l’ensemble des institutions, quel qu’en soit le niveau de compétence), le service public d’information a perdu, chaque année, beaucoup de plumes au fil des coupes claires dans les budgets.

La mission de base, fournir au grand public une information fiable et des émissions de divertissement de qualité, semble aujourd’hui la revendication de quelques vieux cornichons soixante-huitards.

L’information est, paraît-il, toute aussi libre quand elle est aux mains des puissances financières que lorsqu’elle dépend d’institutions démocratiquement contrôlées.

Et le divertissement, lui, est devenu une simple composante de la société marchande : un spectacle gratuit ou accessible apparaît aussi incongru que prendre un pastis à la terrasse d’un café en plein hiver.

Les cachets des artistes, les droits de retransmission, le coût des directs ont crû de manière exponentielle.

Que la RTBF se soit fait piquer la capacité de retransmettre le foot par une société ex- de service public en dit long sur ces évolutions et l’issue de ce qu’on appelait, il y a quinze ans, les consolidations stratégiques . . . 

La RTBF dans les régions.

Très centrée sur Bruxelles à ses débuts, la radio-télévision publique s’était progressivement ouverte à l’information régionale, développant des centres régionaux bien équipés et capables de fournir une information de proximité.

Cette expérience, cornaquée par quelques responsables régionalistes convaincus, a vécu.

Au nom, bien souvent, du « réalisme » budgétaire et des économies d’échelle.

Mais comment ne pas voir un saisissant parallélisme entre ce « retour à Bruxelles » et l’affaiblissement réel, dans les travées politiques, du courant régionaliste au profit d’une vision communautaire, la volonté de mettre en évidence une entité francophone au détriment des identités wallonnes, déjà diverses, et bruxelloises ?

A la RTBF, seul le centre de Mons semble avoir résisté, et cela durera probablement encore le temps que durera la prééminence de certains hommes politiques.

Notons toutefois que la principale chaîne privée concurrente, RTL, a suivi immédiatement le mouvement : vigoureuse dans sa concurrence lorsque la RTBF était forte en régions, elle s’est désinvestie aussitôt qu’elle a compris que la chaîne publique recentralisait.

Et remarquons que les quotidiens ne sont pas en reste : les éditions régionales n’ont aujourd’hui plus que la peau sur les os, même dans le cas d’un titre historiquement liégeois comme « La Meuse ».

L’information de proximité coule à pic, et même les télévisions locales sont priées de trouver des synergies entre elles, étant entendu que les plus faibles sont vraisemblablement déjà condamnées à disparaître ou à devenir les annexes d’autres plus puissantes.

L’information.

Le service public désertant, l’information est de plus en plus aux mains du privé.

Soit un privé puissant, doté de moyens financiers, pour lequel les médias doivent être suffisamment rentables.

Cette rentabilité passe par une compression des moyens, dans lequel s’inscrit parfaitement la réduction de l’information régionale, qui coûte cher.

Comme l’information internationale d’ailleurs.

On supprime des emplois de journalistes à Liège, mais on a depuis longtemps sabré au loin.

Les derniers « grands reporters » en Belgique sont des dinosaures.

La rentabilité passe aussi par d’autres choix rédactionnels, censés être plus populaires, donc plus lucratifs.
 
Et d’autres opérateurs privés sont apparus, qui n’ont pas la puissance financière, mais qui ont apparemment gagné du terrain.

C’est l’extraordinaire explosion des médias du web.

Une explosion sympathique à première vue, puisque citoyenne (tout le monde peut s’y mettre), solidaire (le développement des réseaux) et proche (c’est commenté depuis tout près de chez vous…).

La confusion est tragique : on ne doit pas ici parler de médias, mais de sources d’information, qu’il importe de vérifier et de trier, sous peine de lourdes déconvenues.
 
Et voilà le citoyen pris entre une info spectacle peu intéressante sur les vrais enjeux et une info surabondante impossible à canaliser, donc à utiliser.

Voilà un citoyen qui n’a jamais reçu autant d’information, au point qu’il ne sait plus les utiliser et qu’il finit donc par s’en désintéresser.

Voilà un citoyen mûr pour le vide politique.

Et donc pour l’aventure politique.

Devinez pour qui c’est tout bénéfice . . . 

Fabrice Jacquemart

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.